Haute tension autour de la pêche électrique

L’Union européenne devra se prononcer le 21 novembre prochain sur la généralisation de la pêche électrique. Une technique principalement utilisée par les marins-pêcheurs néerlandais ciblant la sole et décriée par les professionnels belges et français, la jugeant destructrice pour la ressource halieutique tout en pointant du doigt la concurrence. Prospection.

Le 8 novembre, Paul Christophe, député Les Républicains de la circonscription Nord, a dans le cadre de la séance de « questions d’actualité au gouvernement » suscité l’attention du ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Stéphane Travert, au sujet de cette pratique, pourtant interdite depuis 1998 par l’Union européenne.

Interdite, pas tout à fait, au vu de la multiplication des dérogations accordées par l’UE depuis 2007 suite à un lobbying « appuyé » de la part des associations de dragueurs, des fabricants d’engins de pêche, des instituts universitaires en charge d’étudier l’impact de cette pêche, des organisations de coopératives de pêche et du ministère des affaires économiques et de l’environnement néerlandais.

L’importance du lobbying pour la pêche électrique

Ce lobby, d’envergure nationale, s’inscrit dans une optique mondialement partagée de viabilité économique au détriment d’une gestion à long terme des ressources marines. Afin de justifier l’emploi de ce type de pêche et se voir octroyer autant de dérogations – uniquement 5% de la flotte de chalutiers à perche hollandais devrait en être équipés (15 bateaux), tandis qu’actuellement plus d’une centaine en serait équipés selon les propos émis par Paul Christophe lors de son intervention dans l’hémicycle – pulsefishing.eu, support public officiel de ce projet, met en avant sur son site Internet les « présumés » bienfaits de cette pêche : chalut électrique plus léger que les chaluts traditionnels, la vitesse de croisière est réduite et la distance parcourue et donc la surface de dragage est plus petite, ce qui amène à moins de prises accessoires ; moins de perturbations du lit marin, moins de consommation d’énergie due à l’amoindrissement de la résistance des chaluts sur le plancher océanique (et les énumérations des avantages continuent, quitte à se répéter NDLR.)

Pour résumer, cette phrase illustre l’argument principal, la baisse de consommation de pétrole et surtout le gain économique qu’il engendre : « Less fuel is needed to operate the equipment, making the entire process more economical » (voir infographie en cliquant ici). Un document comparatif publié par l’Université de Wageningen située aux Pays-Bas ; met en avant l’efficacité du ciblage et les gains économiques du chalutage électrique avec à l’appui des données chiffrées et précises. En revanche, la section « impact écologique » de cette étude admet que la technique puisse affecter l’ensemble de la faune sous-marine, mais reste vague quant aux nuisances réelles qu’elle engendre, en expliquant que chaque espèce réagit différemment aux impulsions électriques…

Concernant les expériences menées sur les espèces, elles ont toutes été faites en laboratoire, ce qui peut biaiser les conclusions. Leurs résultats sont les suivants : effets mineurs sur la mortalité des espèces benthiques, toutefois l’espérance de vie des vers, des crabes et coquillages suite au contact à un champ électrique est nulle. À propos du cabillaud, le verdict est sans appel, les charges électriques brisent les colonnes vertébrales des poissons, et ces poissons rejetés à l’eau n’ont aucune chance de survie. Les effets sur les requins et les raies sont en cours d’expérimentation, et l’étude avance que le sens électrique utilisé par ces poissons pour débusquer leurs proies en serait probablement impacté. Étonnement, dans cette section nous retrouvons les « pour » précités, et une hypothèse ambiguë selon laquelle « la qualité supérieure des poissons pêchés au chalutage électrique pourrait améliorer les chances de survie de la plie et de la sole ». (Consulter le document en cliquant ici)

La pêche électrique, une pratique décriée

Des voix s’élèvent à tous les niveaux. Dans le port de Calais, une levée de bouclier s’organise chez les pêcheurs professionnels qui comptent bloquer le trafic transmanche le 21 novembre – jour où l’Union européenne décidera de généraliser cette pêche à tous les États membres.

Au niveau associatif, comme nous l’évoquions dans le PEM n°388, Bloom (association française de protection de l’environnement) portait plainte le 2 octobre 2017 contre les Pays-Bas auprès de la Commission européenne pour avoir accordé illégalement des licences supplémentaires. L’association souligne également une « désolante » subvention de 3,8 millions d’euros de Fonds européens pour les affaires maritimes et la pêche au prétexte de « l’innovation » et de la « recherche ».

En début d’année 2017, la ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, Ségolène Royal, estimait « que le principe d’interdiction de ce type de pêche doit être réaffirmé et reconduit, au regard des connaissances scientifiques et techniques acquises. »

D’ici la fin du mois les jeux d’influence iront bon train, et tous les acteurs se feront entendre. La Commission de la Pêche au Parlement européen donnera-t-elle raison à la vision court-termiste profitable aux industriels, ou entendra-t-elle les arguments contre la pêche électrique ? Bloom nous informe aujourd’hui qu’ « une réunion de négociation aura lieu mardi 14 novembre 2017 ». Il sera question « de négocier des compromis politiques sur les amendements ». L’association ne peut s’exprimer quant à la tournure du vote fin novembre «  tant que les amendements n’ont pas été discutés », mais l’association nous confie que « La Commission PECH est très orientée, la plupart des 25 euro-députés qui la constituent ont des intérêts à défendre la pêche industrielle qui est importante dans leur circonscription électorale. »

Lien pour signer la pétition Bloom : www.bloomassociation.org/stop-peche-electrique


Intervention de Paul Christophe à l’Assemblée nationale


Le chalutage électrique en action

 

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