Le Royaume-Uni annonce qu’il va fermer ses eaux aux pêcheurs

Suite logique au Brexit mais lourde de conséquence dans la situation de crise que traverse le monde de la pêche (professionnelle comme loisir), le gouvernement britannique a déclaré dimanche 2 juillet vouloir sortir de la convention de 1964 et reprendre ainsi le contrôle exclusif des droits de pêche. Un coup dur pour les pays voisins et notamment la France puisqu’un tiers des prélèvements de poissons avait lieu dans leurs territoires ce qui pourrait de facto annoncer une pression pêche supplémentaire dans nos eaux… 

 

Jusque là, la convention de 1964 autorisait six pays européens, que sont le Royaume-Uni, la France, la Belgique, l’Allemagne, l’Irlande et les Pays-Bas, à pêcher indifféremment dans une zone comprise entre 6 et 12 miles de leurs côtes respectives. Mais ça, c’était avant. Car le Brexit a désormais redistribué les cartes et les britanniques comptent bien reprendre la main sur leurs espaces maritimes et en garder ainsi l’exclusivité. Rappelons d’ailleurs qu’il s’agissait d’un des plus importants arguments de campagne des pro-Brexit, une volonté que la presse anglo saxonne surnommait volontiers “Hard Brexit“. Michael Gove, le ministre chargé de la pêche (Ils en ont un, eux ! NDLR), a ainsi déclaré dimanche 2 juillet que : « ce sera nous qui déciderons qui pourra y avoir accès. (…) C’est un premier pas historique vers la mise en place d’une nouvelle politique de la pêche alors que nous quittons l’UE : une politique qui mènera à une industrie plus compétitive, plus profitable et plus durable. »

Si l’engagement semble simple à expliquer, il sera beaucoup plus compliqué à mettre en œuvre notamment parce que le Royaume-Uni n’avait pas encore rejoint l’UE lorsqu’il avait signé cette convention en 1964… Le gouvernement devrait ainsi mettre deux ans pour en sortir définitivement. Par ailleurs, Bruxelles qui a pris note de décision explique que cet accord n’était, dans la pratique, plus appliqué car la Politique Commune de la Pêche avait depuis fait son entrée et prévalait sur cet accord (le droit européen prévaut sur n’importe quel droit national lorsque l’on est membre de l’UE NDLR).

Cette annonce est donc une sorte d’effet de manche qui vise surtout à marquer les esprits en faisant comprendre aux européens qu’ils n’accepteront plus d’autres bateaux de pêche dans leurs eaux, qu’ils disposeront d’une législation spécifique à leurs espaces maritimes et qu’il n’y aura plus de gestion commune des stocks de poissons.

Concernant notre pêche à nous, français, elle pourrait collatéralement subir une pression supplémentaire, d’une part parce que les pêcheurs professionnels français devront compenser un manque à gagner d’un tiers dans nos eaux et ensuite parce que l’on verra certainement arriver les bateaux des autres pays évoqués précédemment désireux de trouver un remplaçant bénéficiant d’un écosystème similaire. Le bar qui est actuellement en difficulté pourrait ainsi voir son cas se détériorer.

Pour les pêcheurs de loisirs, notamment les normands qui pêchaient aux abords des anglo normandes, la législation pourrait connaitre des évolutions et la surveillance de ces eaux sera logiquement renforcée.

Au delà des enjeux économiques, il est fort à parier que les enjeux géopolitiques qui vont se dessiner  auront un rôle important dans l’avenir de l’UE en général, elle aussi en crise.

Alors, les anglais ont-il déclaré une nouvelle guerre de la pêche après avoir mené la guerre de la morue pendant 20 ans à l’Islande à partir des années 50, ou s’agit-il simplement d’un retour de souveraineté totale afin de mieux contrôler des stocks en perdition ? Une histoire qui nous concerne au premier plan et qu’il faudra suivre de très près.

 

 

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